
Le théâtre vietnamien classique comporte deux grands modes de présentation : le Tuong et le Cheo.
Le Tuong, qui signifie « attitude », « maintien », « manière d’être » est originaire de Hue, consiste à représenter par les chants d’une manière identique les faits et gestes des anciens pour les montrer au public et les donner en imitation.
Le Tuong choisit ses sujets dans l’antiquité ; il campe les caractères, fait vivre des personnages, reconstitue des événements des temps anciens. Il poursuit un but : instruire par le passé.
Les personnages du Tuong sont des rois, des généraux, des impératrices, des reines, des princesses ; les sujets sont tirés des histoires chinoises, des romans chinois, notamment de l’Histoire des Trois Royaumes. Délibérations, duels, guerres, assassinats sont parmi les péripéties les plus courantes. Des épisodes de l’Histoire du Vietnam comme celui des deux Sœurs Trung, celui de Tran Hung Dao, sont fréquemment représentés au théâtre classique, de meme que les grands romans en vers comme le Kim Van Kieu, le Thach Sanh, ou le Luc Van Tien. Les costumes sont splendides, les décors somptueux, les jeux de scène traditionnels. Les chanteurs et chanteuses, selon les épisodes, emploient le dialogue parlé ou le chant. Le chant est très varié. Il peut être triste, descriptif, narratif, rapide et vif ; il peut être le genre utilisé pour réciter une poésie, ou pour un exposé quelconque.
D’une manière générale, le genre Tuong est plus noble et plus rigoureux que le Cheo. Il était destiné aux classes sociales supérieures.
Le Cheo, selon certains auteurs, serait une déformation phonétique de Trao qui signifie « rire », « se moquer ». Le Cheo est dont la représentation comique des faits et personnages anciens, destinée à amuser le public et à l’instruire.
Malgré les ressemblances entre ces deux genres, le Cheo se distingue tout de même du Tuong sur plusieurs points : le chant du cheo est plus rapide, moins accentué et moins grave ; les personnages ne sont pas forcément rois et généraux ; les costumes sont plus réels, les décors simples. Ainsi, le Cheo peut se jouer dans la cour d’une maison communale par des chanteurs amateurs, sans avoir besoin de véritable scène de théâtre. Le Cheo est donc plus populaire, non seulement par ce qu’il est destiné principalement aux classes populaires, mais également par ce qu’il est souvent joué par celles-ci. De nombreux villages avaient leur propre groupe de chanteurs. Le rêve de bonheur du paysan se résumait ainsi : « Que l’on mange bien pour aller au lit. Que le bruit des tambours de Cheo sonne, et l’on aille le regarder le ventre plein».
De nos jours, le développement du cinéma, de la télévision et de la musique moderne menace ces modes théâtraux traditionnels, jugés par les jeunes comme démodés. Des efforts ont été entrepris par les pouvoirs publics en vue de sauver ces représentations culturelles en voie de disparition.